ACADÉMIE DES SCIENCES RELIGIEUSES

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ACADÉMIES de THÉOLOGIE (la philosophie dans les)

– ensemble d’idées philosophiques élaborées par les professeurs des Acad. de th. de Russie au XIXe s. et au début du XXe . Cet ensemble veut être la synthèse de la dogmatique orthodoxe et de la méthodologie philosophique occidentale, telle que ses représentants s’efforcent de la construire dans des systèmes qui proposent une interprétation philosophique de la conscience religieuse. Leur souci majeur était de faire front aux influences idéologiques venues de l’étranger. La philosophie dans les Acad. de th. a été conditionnée par la réforme qu’elles ont connue au début du XIXe s., et plus précisément aux trois règlements qui les ont réorganisées (réforme intervenue au temps d’Alexandre I er – 1809-1814 –, qui réorganisait tout le système de l’enseignement religieux, depuis les écoles de paroisses jusqu’aux Acad. de th., en passant par les séminaires; elle insistait sur la spécificité de l’enseignement religieux, introduisait des disciples telles que l’histoire de la philosophie, la philosophie antique, un certain nombre de disciplines scientifiques… Les chaires de philosophie des Acad. de th., gardant comme fondement de l’enseignement les principes théistes, cherchaient à développer l’argumentation philosophique. Cf. Florovski* G., Les Voies de la théologie russe Puti russkogo bogosloviâ, chap. IV et V – N. du. T.). Les disciplines traditionnelles enseignées étaient l’ontologie, la gnoséologie, la psychologie et l’anthropologie, avec pour point de départ le schéma leibnizo-wolffien. Édifiée sur des bases foncièrement communes, la philosophie des Acad. de th. n’est pas pour autant homogène et présente des singularités marquées. Le traitement des questions se ramifie en fonction d’une part, des différentes étapes de son développement, et d’autre part, de la priorité accordée aux questions abordées, selon que l’accent était mis soit sur les problèmes de la logique et de la rationalité, soit sur les problèmes de la psychologie, soit sur ceux de l’éthique et de l’anthropologie. L’appartenance confessionnelle reste marquée dans le souci d’édifier une vision du monde théiste, mais articulée sur le problème de la démonstration théorique de l’existence de l’être divin. Les questions ontologiques répondent aux exigences de la rationalité et de l’anthropologie éthique. Elles visent à présenter Dieu comme l’être Absolu, investi d’une fonction de synthèse par rapport à l’esprit et à la matière. La faiblesse et l’insuffisance logique des preuves traditionnelles de l’existence de Dieu, telles que les propose le rationalisme, ont conduit les représentants des Acad. de th. à inférer l’être Divin du système général du monde en s’appuyant sur le principe du monisme transcendantal*: le dualisme des deux instances existant de fait dans le monde, c’est-à-dire l’esprit et la matière, se concilie avec un principe qui surplombe le monde, autrement dit un être Absolu (Inconditionné, Infini), seul à même de donner un fondement à l’esprit et à la matière. Le domaine le plus largement traité par la philosophie des Acad. de th. concerne la gnoséologie qui, s’inscrivant dans le cadre des problèmes de la connaissance de Dieu, est créditée d’un statut ontologique et a pour fonction de démontrer l’existence de l’être Divin. La problématique gnoséologique est fortement marquée par une propension à justifier théoriquement l’inclusion de la raison, faculté purement humaine, dans la structure de la conscience religieuse. Le trait marquant des réflexions sur les vérités religieuses est la hal-00935701, version 1 - 19 May 2014

ACADÉMIES DE THÉOLOGIE

tendance à réhabiliter la raison et à insister sur le caractère non contradictoire du rationalisme philosophique et de la religion. D’où une théorie de la connaissance originale dans sa conception de la vérité. Sur ce point, l’élément capital est constitué par la différence des deux vérités, ontologique et logique. Est affirmé le caractère objectif de ce qu’il est convenu d’appeler vérité ontologique, incluse dans l’être lui-même, alors que la vérité logique, ou encore subjective, s’exprime dans les jugements ou les opérations argumentatives que la raison développe au sujet de l’Être. Est vrai le jugement qui s’accorde avec la réalité créée par Dieu. Tout être étant prédéterminé par la Raison Suprême, il en découle la coïncidence en Dieu de la vérité ontologique et de la vérité logique. Une telle démarche implique que le critère fondamental de la vérité est la Raison Divine, et, partant, que la vérité logique, tout en disposant d’une certaine autonomie, se trouve subordonnée à la vérité ontologique dans la mesure où le savoir n’est vrai que pour autant qu’il correspond à l’univers des choses créées par Dieu. Les Acad. de th. ont défendu l’idée de la vérité comme coïncidence de l’être et du devoir-être : la vérité se définit comme l’accord de l’objet avec lui-même, comme l’unité de ces deux moments, comme la coïncidence de l’obligation morale et de la réalité existante, de l’idée et du phénomène. Cette coïncidence fonde l’être véritable de l’objet, sa vérité objective. Cette doctrine implique, en dépit d’un certain flou dans son exposition, un versant moral. La connaissance de la vérité révélée a part au processus de la déification** (theosis), c’est-à-dire de l’accession de l’homme à la perfection morale, de sa transfiguration. Ce n’est pas à la raison seule que l’homme doit de connaître la vérité, il « habite la vérité », il « vit selon la vérité ». De là vient que la « participation » de l’être individuel à la vérité constitue le point de départ d’un labeur spirituel actif et que le concept même de vérité présente un aspect ontologique qui ne se réduit pas à ses éléments gnoséologiques. Les philosophes des Acad. de th. s’accordent sur la transcendance de Dieu, posé comme Personne Absolue, et sur l’impossibilité de Sa connaissance achevée. D’où une manière originale d’aborder la question de la nature et du caractère propres à une conceptualisation, même partielle, de l’être suprasensible dans sa réalité Absolue. Elle passe par les moments suivants: 1) la reconnaissance d’une faculté cognitive particulière présente dans l’âme humaine – intellect ou encore raison – consistant dans la capacité à donner forme à des concepts suprasensibles – les idées; 2) La possibilité pour l’homme de communier à l’absolu, due à la plénitude achevée de l’esprit humain, à sa faculté de combiner de manière harmonique la totalité de ses forces cognitives et à une capacité singulière de conjuguer tensions émotionnelle et intellectuelle ; 3) Le recours, enfin, traditionnel dans la théologie orthodoxe, à l’ordre de l’intuition et de la mystique, à la négation sans appel d’une capacité de la raison à intervenir dans tout ce qui a rapport à la connaissance de Dieu, à l’affirmation du caractère irrationnel de la conceptualisation du suprasensible. En raison de la spécificité de l’objet susceptible d’être connu, le procès de connaissance lui-même se laisse interpréter, non comme un acte purement rationnel, mais comme une synthèse de toutes les propriétés spirituelles de l’homme, et, partant, manifeste le but en même temps que la condition d’une vie chrétienne authentique. Ce but est atteint au prix d’une tension ascétique de l’ensemble des forces cognitives de la nature humaine. La gnoséologie des Acad. de th. a pour centre de gravité le problème du savoir intégral cel’noe znanie (cf. Intégralité*) qui prend appui sur l’expérience spirituelle de l’homme dans laquelle la composante morale de l’esprit joue un grand rôle. Éléments structurellement importants: la psychologie spéculative qui donne lieu à l’analyse de l’âme hal-00935701, version 1 - 19 May 2014

ACADÉMIES DE THÉOLOGIE humaine en tant que substance et fournit le cadre à l’interprétation, sur le plan philosophique, de l’immortalité qui lui est propre, ainsi que l’anthropologie dans laquelle sont examinés les aspects philosophiques des corrélations saisissables entre Dieu et l’homme. Les Acad. de th. assument la tâche, formulée dès la première moitié du XIXe s., de créer une philosophie russe originale ayant pour fondement théorique l’association harmonieuse de la foi et de la raison au sein d’un mécanisme cognitif spécifique entendu comme « raison croyante » ou « foi rationnelle ». Le souci d’élaborer une philosophie à connotation confessionnelle, sans rompre pour autant avec les orientations traditionnelles de la discipline philosophique, entraîne chez les tenants de ce courant des flottements internes. Le parti pris d’user d’une méthodologie rationnelle aux fins de fonder l’ordre supranaturel ne pouvait évidemment pas aboutir à des résultats parfaitement cohérents. Le désir des différents auteurs de ne pas s’écarter dans leurs constructions théoriques du cadre de la tradition orthodoxe tracé par les Pères de l’Église ne pouvait manquer de provoquer de multiples contradictions logiques, ce qui explique le caractère ambivalent des jugements portés sur les Acad. de th. par les historiens de la philosophie. Malgré un certain éclectisme et un certain manque d’originalité, les Acad. de th. ont vu se développer, chez leurs représentants les plus éminents, des idées philosophiques dont l’influence se retrouve dans l’évolution qu’a connue la pensée religieuse russe. C’est aux thèses qu’ils ont défendues qu’on peut rapporter l’idée même d’une fondation philosophique de la conscience religieuse, d’une « justification de la foi des Pères », ainsi que le principe du monisme transcendantal ou « synthétisme philosophique », dont il est possible de retrouver certains éléments dans la philosophie de l’unitotalité*; et pour finir, la doctrine du savoir intégral conçu comme point de convergence de toutes les facultés spirituelles de l’homme, l’effort pour inclure dans la connaissance les facteurs irrationnels tout en maintenant l’importance reconnue à la rationalité. Les Acad. de th. sont celles de Kiev, M., SPb. et Kazan, chacune possédant ses caractéristiques propres, mais leurs représentants, tous appartenant à la classe sacerdotale, ont été invariablement des passeurs de la philosophie occidentale en Russie. Celle de Kiev a pour principaux représentants Vassili Karpov*, le premier traducteur de Platon en Russie, Ivan Skvortsov** (1795- 1863), surtout connu pour ses études sur Platon, Plotin, Leibniz et Kant, Oreste Novitski* et Sylvestre Gogotski*. Celle de M. a apporté une contribution majeure à la constitution du monisme transcendantal, en la personne de Fiodor Goloubinski*, Viktor Koudriavtsev-Platonov* et surtout Pamphile Iourkiévitch*, le maître de Vladimir Soloviov*. À SPb., Fiodor Sidonski* et Nikolaï Debolski* se sont particulièrement attachés à discuter la pensée de Kant. Les publications des Acad. de th. ont joué un rôle important dans le développement de leur philosophie spécifique. (Pour leurs principales revues, cf. bibl.). De nombreux séminaires avaient également leurs périodiques, mais seule une revue de Kharkov, Vera i razoum, se détache de l’ensemble. Même si la valeur de la philosophie pratiquée dans les Acad. de th. n’est pas uniformément reconnue, on ne saurait, sans en tenir compte, proposer un tableau complet du travail philosophique et de la vie intellectuelle en Russie. Revues : Bogoslovskij vestnik, M., 1892-1918, mensuel (reparaît depuis 1993. Tous les numéros depuis sa création sont disponibles en CD sur le site http://www.patriarchia.ru); Dušepoleznoe čtenie, M., depuis 1860; Hristianskoe čtenie, SPb., 1821-1881, mensuel; Pravoslavnoe obozrenie, M., 1860-1891 (sans doute l’une des plus riches, grâce à des collaborateurs non ecclésiastiques de toutes orientations idéologiques, et à son ouverture sur les autres confessions); Pravoslavnyj sobesednik, Kazan, 1855-1917 (trimestriel de 1855 hal-00935701, version 1 - 19 May 2014

ACADÉMIE LIBRE DE CULTURE PHILOSOPHIQUE ET RELIGIEUSE

à 1858, mensuel de 1858 à 1917); Strannik, SPb., 1860-1875 (mensuel, devenu à partir de 1875 Cerkovnyj vestnik, hebdomadaire); Čteniâ v obĉestve lûbitelej duhovnogo prosveĉeniâ, M., périodicité variable de 1863 à 1871, mensuel de 1871 à 1880. Études : Čistovič I. A., Istoriâ Sankt-Peterburgskoj duhovnoj akademii, SPb., 1857; [[Smirnov S. K., Istoriâ Moskovskoj duhovnoj akademii]], M., 1879; [[Znamenskij P. V., Istoriâ Kazanskoj duhovnoj akademii]], Kazan, 1891-1892, I-III ; [[Znamenskij P. V., Duhovnye školy v Rossii do reformy]] 1808 g., Kazan, 1881; Nikol’skij A., « [[Russkaâ duhovno-akademičeskaâ filosofiâ kak predšestvennica slavânofil’stva i universitetskoj filosofii v Rossii]] » in: Vera i [[razum, H-kov, 1907, 2-5, 9 ; Titlinov B. V., Duhovnaâ škola v Rossii v XIX stoletii]], Vil’na, 1908-1909 ; Florovskij G., Puti russkogo bogolsoviâ, P., 1937, Vilnius, 1991, trad. franç. Les Voies de la théologie russe, L’Age d’Homme, 2001; Zenkovsky B., Histoire…, chap. VII.

La philosophie des Acad. de théologie

[[Duhovno-Akademičeskaâ filosofiâ]: A. I. Abramov / Trad. P. Caussat]]

La philosophie dans les Acad. de théologie

Filosofiâ v duhovnyh akademiâh: A. I. Abramov / Trad. P. Caussat Synthèse : P. Caussat