ACADÉMIE SLAVO-GRÉCO-LATINE

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ACADÉMIE SLAVO-GRÉCO-LATINE

– premier établissement d’enseignement supérieur et premier centre universitaire de culture philosophique en Russie. Fondée en 1687 par des Grecs, les frères Likhoude*. Située au monastère Zaïkonospasski de M. En 1814, elle devint l’Acad. de théologie orthodoxe de M., et fut transférée à lA Laure de la Trinité-Saint-Serge où elle se trouve encore aujourd’hui. Dans l’histoire de l’A. s.-g.-l., on distingue trois étapes. La 1re (1687-1700) est celle de l’école helléno-slave des frères Likhoude, qui s’efforçaient de dispenser leur enseignement dans l’esprit de l’orthodoxie grecque, à vrai dire non sans y adjoindre des « ratiocinations latines » (Thomas d’Aquin). La seconde étape (1700-1775) est celle de l’Acad. slavo-latine, suite à la nomination de P. Rogovski, premier Russe à avoir reçu le titre de docteur en philosophie et théologie. Elle se caractérise avant tout par l’influence considérable des philosophes occidentaux – depuis les spécialistes de scolastique jusqu’à Leibniz et Wolff. À la 3e étape, l’influence dominante est à nouveau celle de l’orthodoxie. À l’époque de Stéphane Iavorski**, premier directeur de l’A. s.-g.-l. (à partir de 1701), la prééminence dans l’enseignement dispensé appartient à la tradition catholique. Théophilacte (Lopatinski), préfet à partir de 1722, recteur à partir de 1706, complète l’enseignement par des éléments rationnels venus de l’Antiquité et des Temps modernes, et sur la base d’un compromis entre notions religieuses et profanes, il achève la formation de l’enseignement philosophique professionnel en Russie. Au début du XVIIIe s., l’Acad. était devenue le principal centre assurant une formation dans les domaines les plus divers. Les tâches qui lui incombaient étaient les suivantes: donner aux futurs prêtres une culture théologique, leur apprendre à parler les langues anciennes et modernes, instruire ceux qui étaient censés plus tard diriger l’Église et l’enseignement; donner une instruction élémentaire aux étudiants destinés à passer ensuite au service de l’État comme traducteurs, médecins, juristes, ingénieurs des mines, etc. Au début, l’accès à l’Acad. n’était pas limité à certaines catégories sociales, c’est ce qui permet d’y voir, pour cette période, le lieu de formation de l’intelligentsia*, comme phénomène extérieur aux classes sociales. Le nombre des étudiants a varié de 200 à 600. On enseignait les langues, la poétique (les règles de la versification et de la syntaxe), la rhétorique, l’histoire, la philosophie, la théologie. La philosophie était enseignée sur deux ans (4 semestres), pendant lesquels l’étudiant devait apprendre la « dialectique » dite encore « petite logique » (les syllogismes d’Aristote), la « grande logique » (théorie de la connaissance, théorie des signes, principes du raisonnement scientifique), la philosophie naturelle (physique expérimentale, astronomie, initiation à la chimie), la « pneumatique » (psychologie), les mathématiques et la métaphysique (ontologie, preuves de l’existence de Dieu). Jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, l’enseignement fut dispensé en latin. On accordait beaucoup de temps et de soin à l’enseignement de la philosophie. Elle ne s’était pas encore dissociée de la théologie, bien que le processus fût déjà amorcé. Cependant, avec la création à SPb. de l’Acad. des Sciences, l’Acad. de M. perd à tout jamais la prépondérance, et se réduit peu à peu à un centre d’enseignement confessionnel. La fondation de l’Univ. de M., puis d’autres centres d’enseignement profane (Kazan, Kharkov, etc.) contribuèrent également à cet effacement. Dans une troisième étape l’Acad. fut rebaptisée Acad. slavo-gréco-latine, c’est l’époque où elle eut comme prorecteur le métropolite de M., Platon* (Levchine). Sous sa direction vit le jour une école de penseurs orthodoxes, de « moines savants », selon la définition de P. Znamenski, qui ont redonné vie à la tradition d’une pensée philosophique liée à la patrologie (fondée sur l’enseignement des Pères de l’Église d’Orient), étrangère non pas tant au rationnel qu’à l’absolutisation rationalisante de telle ou telle vérité universelle. Fonder l’enseignement sur les principes de l’orthodoxie ne signifiait pas rejeter ses éléments profanes, car il fallait que le futur homme d’Église pût acquérir de larges connaissances dans tous les domaines des sciences humaines, entre autres en philosophie, sans dommage pour sa foi orthodoxe. Par la suite, Karamzine* devait dire la haute opinion qu’il avait du niveau ainsi atteint par l’enseignement confessionnel. Mais nous ne devons pas non plus sous-estimer le rôle que l’Acad. a joué dans l’instruction des laïcs. Parmi ses élèves, outre Lomonossov*, on compte de grandes figures de la culture russe comme Kantemir*. Les notes de cours manuscrites se sont conservées jusqu’à nos jours, mais elles n’ont pas été traduites en russe. Études : Smirnov S. K., Istoriâ Moskovskoj slavâno-greko-latinskoj akademii, M., 1855 ; Znamenskij P. V., Duhovnye školy v Rossii do reformy 1808 goda, Kazan, 1881; [[LappoDanilevskij A. S., Istoriâ russkoj obĉestvennoj mysli i kul’tury XVIII-XIX vekov]], M., 1990; Škurinov P. S., Filosofiâ Rossii XVIII veka, M., 1992, p. 52-65. P. V. Kalitine, A. V. Panibratsev / Trad. F. Lesourd

SOURCES: DICTIONNAIRE DE LA PHILOSOPHIE RUSSE.