ALEXEÎEV, NIKOLAÎ

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ALEXEÏEV Nikolaï (1879, M.-1964, Genève)

– philosophe du droit, idéologue de l’eurasianisme*. Après des études à l’Univ. de M., séjours d’études à Berlin, Heidelberg et P.. Enseigne le droit à M. de 1912 à 1917. En 1917-1918, membre du comité de rédaction de la revue Narodopravstvo. En 1918, s’installe à Kiev. Élu professeur à l’Univ. de Tauride à Simféropol. Participe à la Guerre civile. Après l’évacuation de l’Armée des volontaires passe un an à Constantinople. À partir de 1922, enseigne le droit à l’Université de Pr.. À partir du milieu des années 1920, rejoint le mouvement eurasien. En 1931 il part à Berlin, où il enseigne à l’Institut universitaire russe. Après l’arrivée au pouvoir des nazis, il s’installe en France, où il enseigne les disciplines juridiques à Strasbourg et P.. Durant les années 40, il est à Belgrade, professeur à l’univ., et à partir de 1950, à Genève. A. a joué un rôle déterminant dans l’élaboration de la doctrine eurasienne du droit public et de son modèle d’organisation de l’État russe. Partant de l’idée qu’un territoire aussi vaste que la Russie-Eurasie* devait se doter d’un État bien organisé s’il voulait en garantir la pérennité, A. estime nécessaire de fournir un projet développé susceptible d’entraîner non seulement l’élite dirigeante, mais aussi la masse des citoyens. L’organisation étatique devait donc savoir concilier les principes aristocratique et démocratique, à travers une politique mise en œuvre par une minorité cultivée et consciente dans l’intérêt des masses (Les Eurasianistes et l’État Evrazijcy i gosudarstvo). Dans cet État, la couche dirigeante serait constituée par une « sélection » d’individus issus du peuple : elle façonnerait l’idéal de l’État, exprimerait la volonté unifiée de la nation ou des groupes de nations, en formant une espèce d’« ordre monastique » dont la première fonction serait d’offrir une direction spirituelle à la société et de dégager pour elle une vérité philosophique et religieuse supérieure. Dans le système d’A., le droit se conçoit d’abord comme « capacité juridique » pravomočie, c’est-à-dire comme la possibilité de réaliser différentes actions, par opposition aux systèmes juridiques qui mettent au premier plan les notions d’« obligation » et de « devoir ». Aux modèles européens de l’État, fondés sur la théorie du droit naturel*, A. oppose l’idéal de « l’État-Justice » gosudarstvo-pravda propre à la Russie ancienne, dans lequel l’État est soumis au « principe d’éternité » : cette notion de « vérité-justice » (pravda), qui inclut à la fois le droit subjectif et les normes de la justice, permet d’opérer la synthèse entre le droit et la morale, de faire des droits et des devoirs du citoyen un principe unique. L’approche d’A. suppose le dépassement du « droit objectif » normatif, lequel laisserait la place à ce qu’il appelle « le droit établi » : celui qui, fondé sur les idées religieuses et morales de la société, émane de la conscience juridique collective. Dans un État doté de ce système juridique, l’individu ne peut exister que comme incarnation de la totalité sociale, en quoi A. voit à la fois le but, le devoir et le droit du citoyen (« Pour préciser la doctrine du “droit objectif” » K učeniû ob « ob”ektivnom prave », p. 221-254, cf. bibl.). A. joua un rôle actif dans l’élaboration du programme social et économique de l’eurasianisme, dont le pivot était l’idée d’un « système de gestion mixte ». Cette proposition était inspirée par l’espoir de venir à bout de la polarisation de la société en « ultra riches » et « ultra pauvres », typique de l’économie de la propriété privée. Convaincu que le socialisme était incapable de résoudre le problème (puisqu’il se contentait de limiter le nombre des sujets de la propriété sans en modifier la structure), A. pensait qu’il fallait introduire une nouvelle conception, « fonctionnelle », de la propriété, en vertu de laquelle l’État imposerait aux possédants des obligations déterminées, et garantirait l’adéquation de l’activité des sujets économiques aux intérêts de la société. Il a aussi proposé un modèle pour les relations internationales au sein de la communauté formée par les peuples d’Eurasie, en extrapolant à partir de l’expérience idéalisée de l’État soviétique. Toutefois, ce dernier était critiqué pour sa promotion de la solidarité internationale du prolétariat, censée fonder la relation entre les peuples face à la menace supposée que représentait l’ennemi de classe. Du reste, pour A., si le principe fédéral est nécessaire à l’organisation de la Russie-Eurasie, il doit être débarrassé de l’idéologie communiste et s’appuyer sur la prise de conscience, par les peuples de l’Eurasie, qu’ils partagent un destin historique commun (« Le fédéralisme soviétique » Sovetskij federalism, p. 240-261, cf. bibl.).

Œuvres :

Osnovy filosofii prava, Pr., 1924 (rééd. SPb., 1999); [[Na putâh k buduĉej Rossii (Sovetskij stroj i ego političeskie vozmožnosti)]], P., 1927; [[“Evrazijcy i gosudarstvo”, in: Еvrazijskaâ hronika]], 1927, IX ; « [[Sovetskij federalism », in: Evrazijskij vremennik, P. 1927, V; Sobstvennost’ i socializm. Opyt obosnovaniâ social’no-èkonomičeskoj programmy evrazijstva]], P., 1928; « Evrazijstvo i marksizm », in: Evrazijskij sbornik, Pr., 1929, VI ; [[Alekseev N. N., Il’in V. N., Savickij P. N., « O gazete « Evraziâ »: gazeta « Evraziâ » ne est’ evrazijskij organ]] », P., 1929; Religiâ, pravo i nravstvennost’, P., 1930; [[Teoriâ gosudarstva. Teoretičeskoe gosudarstvovedenie, gosudarstvennoe ustrojstvo, gosudarstvennyj ideal]], P., 1931; « [[K učeniû ob “ob”ektivnom prave” », in: Tridcatye gody]], P., 1931; [[Puti i sud’by marksizma. Ot Marksa iÈngel’sa k Leninu i Stalinu]], Berlin, 1936; « [[O buduĉem gosudarstvennom stroe Rossii », in: Novyj grad]], 1938, N° 13; Russkij narod i gosudarstvo, М., 1998; Ideâ gosudarstva, SPb., 2001.

Études :

Zenkovsky B., Histoire…, IV, chap. IV, 7; Dugin A., « [[Teoriâ evrazijskogo gosudarstva » in: Alekseev N. N., Russkij narod i gosudarstvo]], M., 1998 ; [[Deforž I., Filosofiâ prava N. N. Alekseeva]], M., 2006. V. P. Kocharny / Trad. C. Bricaire

SOURCE: Dictionnaire de la Philosophie russe.