ANITCHKOV, EVGUENI

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ANITCHKOV Évguéni (1866, région de Novgorod-1937, Belgrade)

Historien et théoricien de la littérature, du folklore, des mythes et des idées esthétiques. Étudiant en lettres et histoire à l’Univ. de SPb. depuis 1886, il en est exclu en 1887 pour avoir participé à des désordres étudiants. De 1887 à 1889, en Ukraine où il fait son service militaire, il se met à collecter les productions du folklore et à étudier les rituels populaires. De 1889 à 1892 il termine sa formation au département d’études romano-germaniques à l’Univ. de SPb. Il est admis comme enseignant-chercheur dans cette même univ., et c’est en qualité de privat-docent** qu’il enseigne l’histoire des littératures occidentales à l’Univ. de Kiev (1895-1901) puis de SPb. (1902-1917). En 1904 il soutient sa thèse sur « Les chants des rites de printemps en Occident et chez les Slaves » [[Vesennââ obrâdovaâ pesnâ na Zapade i u Slavân]] qui, en 2 parties, fut publiée sous le même titre (SPb., 1903-1905) et reçut le prix Ouvarov**. À partir de 1908 (ou de 1903 selon d’autres sources) il est professeur à l’Institut de neuropsychiatrie de SPb. En même temps, il participe activement aux travaux de la Société Nestor le chroniqueur**, enseigne aux Cours Supérieurs Féminins**. Il se rend fréquemment à l’étranger et séjourne même quelque temps en France avec sa famille. En 1901, il fut l’un de ceux (avec Kovalevski*) dont l’initiative contribua à créer l’École russe des Hautes Études en Sciences Sociales à P.. Il étudia le provençal et la philologie avec les plus grands spécialistes européens (en particulier Gaston Paris). À Oxford il donna des cours sur le folklore slave et la mythologie comparée. Tout en étudiant l’œuvre de Shakespeare, il analysa également la littérature occidentale contemporaine, ainsi que l’évolution de la littérature russe du point de vue de la théorie littéraire et de l’esthétique. Il a consacré des articles à Balmont, Léonide Andreïev, Brioussov**, Gorki. Cependant, son principal objet d’étude demeurait la religion des slaves et l’art. En 1914 paraît l’une de ses œuvres les plus importantes, Le paganisme et la Russie ancienne Âzyčestvo i drevnââ Rus’ consacrée à la reconstitution de la vision du monde païenne et à l’analyse des formes archaïques de la culture spirituelle russe. Engagé dans un corps de volontaires au début de la Première Guerre mondiale, il fut ensuite affecté à un poste de censeur militaire. À partir de 1917, il se trouvait en France avec le corps expéditionnaire russe, et participa aux opérations sur le front de Salonique. En 1918 il émigra en Yougoslavie, où il continua ses activités d’enseignement et de recherche (dans les univ. de Skopje et Belgrade). Il se consacra à l’esthétique médiévale, à celle du symbolisme* russe, ainsi qu’à la problématique de l’histoire religieuse. Dans ses études sur les formes préchrétiennes de vision du monde et d’art populaire, A. adoptait la démarche comparatiste syncrétiste inaugurée par Alexandre Vessélovski**, en lui adjoignant les méthodes d’approche réservées aux phénomènes migratoires (dans l’étude des contes). Il partait du principe que les conceptions et les croyances étaient les mêmes pour toutes les branches des Slaves. Surmontant le scepticisme chrétien dans l’étude du paganisme slave, il mit largement à profit les informations négatives fournies par les sources chrétiennes pour reconstruire les formes archaïques de la vision du monde préchrétienne. Ces reconstitutions rétrospectives faisaient intervenir dans une large mesure les données du folklore et de l’ethnographie, partant du fait que la culture archaïque préchrétienne était « la chair et le sang de la conscience populaire » pour toutes les générations suivantes. Il voyait d’un œil critique les tentatives pour réduire le paganisme à un polythéisme, considérait que la religion païenne était avant tout une divinisation de la nature et expliquait la vision du monde préchrétienne et son rituel par les nécessités de la vie pratique et les besoins des Slaves agriculteurs. À la différence de Vessélovski, plaçant la genèse de l’art dans le jeu, A. faisait découler le premier de la magie agraire. L’art populaire était à ses yeux la résultante d’actes à caractère sacral ayant une fonction utilitaire, pratique, au sein d’une société d’agriculteurs. Dans ses travaux d’esthétique, il se réclamait du « symbolisme réaliste ». Il s’intéressa également à la réception des motifs mythologiques dans l’œuvre des écrivains et des poètes.

Œuvres :

[[Literaturnye obrazy i mneniâ, SPb., 1904; Vesennââ obrâdovaâ pesnâ na Zapade i u slavân, SPb]]., 1903-1905, I et II ; Iskusstvo i socialističeskij stroj, SPb., 1906; [[Predteči i sovremenniki na Zapade i u nas, SPb]]., 1910; Âzyčestvo i Drevnââ Rus’, SPb., 1914; [[Hristianstvo i Drevnââ Rus’, Pr]]., 1924 ; Istoriâ èstetičeskih učenij, Pr., 1926 ; [[Zapadnie literatury i slavânstvo. Očerki, v 2 t., Pr]]., 1926.

Études :

[[« Avtobiografičeskie svedeniâ », in: Vengerov S. A., Kritiko-biografičeskij slovar’ russkix pisatelej i učënyh, SPb]]., 1904, VI ; [[Ivanov V. I., « Aničkov Evgenij Vasil’evič », in: Novyj ènciklopedičeskij slovar’ / F. A. Brokgauz, I. A. Efron, SPb., II]] ; [[Timenčik R. D., « Aničkov Evgenij Vasil’evič », in: Russkie pisateli 1800-1917. Biografičeskij slovar’]], M., 1989, I, p. 77-78. V. V. Milkov / Trad. F. Lesourd

SOURCE: Dictionnaire de la Philosophie russe.