Blackjack, Ada : Différence entre versions

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Ada Blackjack

En 1921, Ada Blackjack est la seule femme à participer à l’expédition de Vilhjalmur Stefansson dans l’océan Arctique ; elle en sera également la seule survivante, résistant pendant des mois seule sur l’île Wrangel dans des conditions extrêmes. Une jeune mère abandonnée

Ada Blackjack

Ada Deletuk nait en 1898 à Solomon dans l’Alaska, au-delà du cercle arctique. Elle est membre du peuple iñupiat, un peuple autochtone de la côte ouest et du nord de l’Alaska, dont le nom signifie « vraie personne ». Les Iñupiat sont un peuple de chasseurs, se nourrissant, selon la région, de poisson, de morse, de phoque, de baleine, de caribou ou même d’ours polaires. Pourtant, Ada n’apprend pas les techniques de chasse et de survie en milieu naturel ; elle est élevée par des missionnaires qui lui enseignent l’anglais, lui font étudier la Bible et lui apprennent à tenir une maison, à coudre, à cuisiner selon les méthodes occidentales. L’Alaska, colonisée par des trappeurs russes depuis la fin du XVIIIe siècle, a en effet été rachetée par les États-Unis en 1867. À huit ans, Ada part vivre dans la ville de Nome, près de la pointe ouest de l’Alaska. À seize ans, elle se marie avec un chasseur et conducteur d’attelage de chiens, Jack Blackjack. Le mariage est bref et sans doute peu heureux ; le couple a trois enfants, dont deux meurent en bas âge, avant que Jack abandonne Ada et leur fils Bennett sur la péninsule de Seward. La mère et l’enfant, qui n’a alors que cinq ans et souffre de la tuberculose, doivent parcourir à pieds les 64 kilomètres jusqu’à Nome ; quand Bennett est trop fatigué pour continuer à avancer, Ada doit le porter. Le divorce laisse Ada sans ressources pour s’occuper de son fils, dont la santé reste mauvaise. En attendant de s’assurer des revenus suffisants pour s’occuper de lui, elle se résout à laisser Bennett dans un orphelinat local, et part à la recherche d’opportunités.

Une famille inupiat de Noatak, Alaska 1929 – par Edward S. Curtis L’expédition de Vilhjalmur Stefansson En 1921, l’ethnologue et explorateur arctique canadien Vilhjalmur Stefansson organise une expédition vers l’île Wrangel, une île officiellement découverte en 1867, située dans l’océan Arctique à 143 km de la côte sibérienne, et qu’il a l’intention de revendiquer pour l’empire britannique. L’équipe est constituée de quatre jeunes explorateurs : Allan Crawford, âgé de 20 ans, Lorne Knight et Fred Maurer, âgés de 28 ans, et Milton Galle, 19 ans. Pour compléter l’expédition, Vilhjalmur Stefansson cherche une couturière autochtone parlant l’anglais ; pour un voyage au-delà du cercle arctique, par des températures extrêmes, pouvoir réparer fourrures, manteaux, vestes, cagoules, s’avère en effet crucial. Ada, qui n’a alors pas de connaissances en chasse ou en survie, est engagée. Stefansson, lui, finance et organise mais ne rejoint pas l’expédition. L’équipage qui se met en route le 9 septembre 1921 est jeune et inexpérimenté ; le projet prévoit que les explorateurs soient déposés sur l’île et récupérés par un navire l’année suivante. Mais l’équipe n’emporte que six mois de ravitaillement, misant sur l’océan et l’île pour pourvoir à leurs besoins. Les conditions de l’expédition font hésiter Ada, d’autant plus quand elle découvre qu’elle sera la seule autochtone de l’équipe, mais le salaire promis représente à ses yeux une somme inouïe et une chance unique de récupérer son fils. Malgré ses doutes, elle embarque avec Allan Crawford, Lorne Knight, Fred Maurer et Milton Galle.

Les membres de l’expédition

La fin de l’été Le voyage jusqu’à l’île se déroule sans accrocs. Mais à l’arrivée, les membres d’équipage découvrent une île Wrangel bien plus vaste et stérile qu’ils ne l’avaient suspecté. “I thought at first that I would turn back,” note Ada dans son journal “but I decided it wouldn’t be fair to the boys.” (Au début, j’ai pensé faire demi-tour, mais j’ai décidé que ce ne serait pas juste pour les garçons). Les premiers mois se passent bien, mais la fin de l’été signe la disparition du gibier et, surtout, le retour des glaces. La banquise se referme autour de l’île, empêchant le Teddy Bear, le navire censé récupérer les explorateurs au bout d’un an, d’approcher. L’équipage réalise alors qu’il faudra tenir une année supplémentaire, par des températures de -25°C en moyenne dans la journée, avec des provisions venant déjà à manquer. Au début de l’année 1923, la situation devient critique. Les explorateurs sont affamés, et Lorne Knight, atteint du scorbut, est alité. Tandis qu’Ada reste aux côtés du malade pour le soigner, les trois autres hommes décident alors de se mettre en route vers la Sibérie, à travers la banquise, dans l’espoir d’y trouver de l’aide.

Ils n’arriveront jamais à destination

Survivante

Pendant six mois, Ada reste seule avec Lorne Knight qu’elle s’efforce de soigner. Elle joue le rôle de médecin, de cuisinière, mais aussi de chasseuse, de bûcheronne. Un travail acharné qui ne lui attire pas la reconnaissance de son compagnon d’infortune, au contraire. Lorne Knight, souffrant sans doute de l’impuissance à laquelle la maladie le réduit, n’a de cesse de l’invectiver et de lui reprocher de mal s’occuper de lui. Il va jusqu’à lui affirmer que son mari a eu raison de l’abandonner, et qu’il n’est pas étonnant que deux de ses enfants soient morts. Ada note dans ce journal : “He never stop and think how much its hard for women to take four mans place, to wood work and to hund for something to eat for him and do waiting to his bed and take the shiad [shit] out for him.” (il ne s’arrête jamais pour penser à la difficulté, pour une femme, de remplacer quatre hommes, de s’occuper du bois, de lui chasser de quoi manger, de s’occuper de son lit et de sortir la merde). Malgré les accusations de Knight, Ada, contrainte d’apprendre la chasse et la survie, parvient à le maintenir en vie pendant six mois. L’homme finit par mourir en juin 1923. Ada note : « The daid of Mr. Knights death : He died on June 23rd. I dont know what time he died though. Anyway I write the daid. Just to let Mr Steffansom know what month he died and what daid of the month. » (Le jour de la mort de M. Knight. Il est mort le 23 juin. Je ne sais pas à quelle, mais je note le jour. Pour que M. Stefansson sache quel mois il est mort, et quel jour de ce mois.) Après la mort de Knight, seule – en exceptant la compagnie de Vic, le chat de l’expédition -, Ada s’accroche à l’espoir de revoir son fils pour ne pas sombrer dans le désespoir. N’ayant pas la possibilité d’enterrer le corps de son compagnon, elle érige une barricade pour le protéger des bêtes sauvages. Elle renforce sa tente, pose des pièges, s’entraîne à chasser les oiseaux. Ada construit une plateforme au-dessus de son abri pour pouvoir guetter les ours polaires, et parvient même à remplacer le bateau de l’expédition, détruit lors d’une tempête : elle en construit un à partir de bois flotté, de toile et de peaux de bêtes. Elle réalise, seule, des installations plus sophistiquées que ce que l’expédition avait réalisé jusque-là. Après trois mois de solitude et près de deux ans sur l’île Wrangel, la goélette Donaldson récupère Ada, seule survivante de l’expédition. L’équipage notera qu’elle se débrouillait si bien qu’elle aurait sans doute pu rester une année de plus sur l’île.

« La Robinson Crusoé féminine »

La nouvelle de la tragédie attire l’attention de la presse, qui surnomme Ada Blackjack « la Robinson Crusoé féminine ». La jeune survivante reçoit cette admiration avec modestie, répétant qu’elle était simplement une mère cherchant à retrouver son fils. Ce qu’elle fera : grâce à sa paie – inférieure à ce qui lui avait été promis -, Ada peut emmener son fils dans un hôpital de Seattle pour y traiter sa tuberculose. Plus tard, elle aura un second fils et retournera vivre en Alaska. Ada ne touche que son salaire, et un peu d’argent sur des fourrures qu’elle revend, mais rien sur les nombreux articles et livres publiés par la suite sur son épreuve. Vilhjalmur Stefansson, organisateur de l’expédition, publie lui-même l’ouvrage The adventure of Wrangel Island, en parlant de l’histoire d’Ada comme de la « plus romantique dans l’histoire de l’Arctique ». Ada, elle, finit sa vie dans le dénuement, régulièrement victime de campagnes de diffamation et d’accusations d’avoir laissé mourir Lorne Knight. Elle meurt en mai 1983, à l’âge de 85 ans.

Liens utiles

Page Wikipédia d’Ada Blackjack (anglais) Ada Blackjack, the Forgotten Sole Survivor of an Odd Arctic Expedition Ada Blackjack: Forgotten Queen of Arctic Expeditions The Adventure of Wrangel Island

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SOURCE: L’Histoire par les femmes