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BOLTON, JOHN

Craignez la moustache : pourquoi Bolton rend nerveux même Donald Trump

L’agressivité normale de la force militaire étasunienne ne satisfait pas Bolton ; il veut que les États-Unis la renforcent.

Même le président américain Donald Trump, qui s’apprête à gracier des criminels de guerre, craint John Bolton. Trump avait hésité à lui donner un siège dans son cabinet (initialement à cause du dégoût de Trump pour sa moustache broussailleuse). Bolton et le général H.R. McMaster étaient sur les rangs pour devenir conseiller à la Sécurité nationale (NSA dans son acronyme anglais). Trump a choisi H.R. McMaster, qui a tenu un an. Bolton, que Trump surnomme « La Moustache », s’est faufilé à ce poste important. Le NSA est le principal conseiller du président des États-Unis en matière de politique étrangère – souvent plus important que le secrétaire d’État. Bolton a l’oreille de Trump. Trump, qui est instable dans sa politique, a donc les murmures de l’homme le plus dangereux du monde. Alors que son doigt se crispait sur la détente des fusils pointés sur l’Iran, Trump a dit de Bolton que « si ça dépendait de John, nous serions dans quatre guerres aujourd’hui ». Bolton a déclaré publiquement qu’il aimerait tourner l’immense force militaire américaine contre Cuba, l’Iran, la Corée du Nord et le Venezuela. Ce sont probablement les « quatre guerres » que Trump mentionnait. Ce serait des guerres supplémentaires car les États-Unis sont toujours activement en guerre en Afghanistan ainsi qu’en Irak et en Syrie. Ils exploitent actuellement plus de 100 bases militaires dans le monde, dont beaucoup sont actives sur le plan opérationnel. L’agressivité normale de la force militaire étasunienne ne satisfait pas Bolton ; il veut que les États-Unis la renforcent.

Litigieux et excessif

Bolton ressemble beaucoup au faucon de guerre typique. Ces gens veulent envoyer les autres à la guerre. Ils ne veulent pas aller à la guerre eux-mêmes. Bolton est entré intelligemment dans la Garde nationale en 1970. Dans un livre d’anciens de Yale, il a écrit : « Je le confesse, je n’avais aucune envie de mourir dans une rizière d’Asie du Sud-Est. Je considérais la guerre au Vietnam comme déjà perdue. » Lorsque Bolton a pris cette décision personnelle, ses héros – Nixon et Kissinger — commençaient leur bombardement illégal et barbare sur le Cambodge et le Laos. Entre la décision de Bolton de ne pas aller au Vietnam et le retrait des États-Unis de Saigon (Ho chi minh Ville), 3 304 soldats américains sont morts ainsi que d’innombrables Vietnamiens, Cambodgiens et Laotiens. Au gouvernement pendant la plus grande partie de sa vie, Bolton a travaillé énergiquement contre le bon côté de l’histoire. Une partie essentielle de son travail a consisté à aider à camoufler le rôle de l’administration Reagan dans le soutien aux Contras et dans l’affaire Iran-Contra. Après l’arrivée au pouvoir des sandinistes au Nicaragua en 1979, l’administration Carter d’abord puis celle de Reagan ont aidé l’armée et l’oligarchie à créer la contrarrevolución (la contre-révolution) ou les Contras. Formés par les États-Unis, les Contras ont utilisé les méthodes les plus brutales contre la population pour affaiblir le gouvernement sandiniste. Lorsque le Congrès américain – poussé par l’opinion publique – a cessé de financer ouvertement les Contras, l’administration Reagan a vendu illégalement des armes à l’Iran, dont les bénéfices allaient financer les Contras. C’était le scandale Iran-Contra. Bolton s’est battu pour bloquer les tentatives du sénateur John Kerry d’enquêter sur le trafic de drogue et d’armes par les Contras au Nicaragua. Il a refusé que des documents sur l’affaire Iran-Contra soient transmis au sénateur Peter Rodino. Bolton a fait le gros du travail pour l’administration, qui a néanmoins trouvé que son langage était souvent « litigieux et excessif » – comme l’a déclaré Marlin Fitzwater, le porte-parole de la Maison Blanche en 1987.

Le marteau de Bolton

L’absence de modération est la manière de Bolton. En 1994, il a dit de l’immeuble du Secrétariat des Nations unies à New York que s’il « perdait dix étages, cela ne ferait pas de différence ». Des mots glaçants. Bolton les vivait. Il a passé des années à essayer de saper tout traité correct sur le contrôle des armes dans le cadre des Nations unies et il a passé des années à tenter de protéger les États-Unis de toute responsabilité internationale. En 2000, Bolton a tourné en ridicule « l’Église du contrôle des armements », une expression qui indique clairement son attitude à l’égard de la paix, une attitude qu’il partageait avec de larges couches de la classe dirigeante étasunienne. C’est Bolton qui a poussé en 2001 l’administration de George W. Bush à se retirer du Traité anti-missiles balistiques de 1972, un acte qui a envoyé des signaux bellicistes à Moscou. C’est encore Bolton qui a poussé Bush en 2003 à rompre l’Accord-cadre de 1994 entre les États-Unis et la Corée du Nord. Lorsque les services de renseignement américains – dont la crédibilité était mise à mal par le matériel irakien – ont dit que la Corée du Nord avait commencé à enrichir de l’uranium, il ne pouvait plus y avoir de dialogue. Bolton a écrit plus tard : « C’était le marteau que je cherchais pour briser l’Accord-cadre. » C’est Bolton, une fois de plus, qui a pressé Trump de sortir de l’accord nucléaire iranien et, plus effrayant encore, c’est Bolton qui a tué le Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire de 1988. Le dossier de Bolton est clair. Ce sont ses mots, pas seulement ses discours, mais également son livre, profondément instructif, Surrender Is Not An Option (La reddition n’est pas une option, 2008). Les contours de la vision de Bolton sont clairs tant dans ses actes que dans ses paroles. Le fondement de sa pensée est celui-ci : la puissance des États-Unis doit être incontrôlée, et elle doit être utilisée pour assurer la perpétuité de la domination américaine. Il n’y aura pas de reddition à une multipolarité ou à une bipolarité (la Chine et les États-Unis). La domination étasunienne est absolue et devrait être permanente. Peu d’élus américains ont le cran d’être en désaccord avec cette vision du monde déplaisante. Ils saluent le drapeau et envoient les bombardiers en répandre les étoiles et les rayures sur tout le globe. Quels sont les freins à cette domination permanente et absolue des États-Unis ?

1. Les Nations unies et tout traité ou organe international ne devraient pas être autorisés à interférer avec les actions des États-Unis. L’ONU doit être « réformée », dit le régime étasunien, ce qui signifie qu’elle devrait être mise à la botte de la Maison Blanche.

2. L’Union européenne, qui prétend être supérieure aux États-Unis, ne doit pas être autorisée à poursuivre son « processus interminable de mastication diplomatique », a écrit Bolton dans son livre. Il faut la faire taire.

3. Les adversaires importants des États-Unis – la Russie et la Chine – doivent être abattus, leurs vulnérabilités utilisées contre eux. Les sanctions sont un outil efficace ici, car entrer en guerre avec eux serait suicidaire, même pour Bolton. Le renversement des principaux alliés de la Russie et de la Chine – des endroits comme le Venezuela et l’Iran – affaiblirait davantage ces pays candidats. Bolton a une vision du monde cohérente. Ses amis faucons, Républicains et Démocrates, n’ont pas son cran. Ils soutiendront cette guerre de changement de régime (au Venezuela) ou cette autre (en Iran). Ils le feront en faisant semblant d’être pragmatiques et de répondre aux « renseignements ». Mais aucune de ces guerres d’agression – que ce soit contre l’Irak ou l’Iran, l’Afghanistan ou le Venezuela – n’est motivée par le pragmatisme. Bolton étale le programme complet. Il est davantage un intellectuel américain dominant que le courant dominant voudrait l’admettre. Le courant américain dominant, c’est Bolton avec la manière. Leur normalité n’est que la philosophie de Bolton découpée en petits morceaux.

Traduit par Diane Gilliard pour le Journal Notre Amérique

Source : Common Dreams et INVESTIG'ACTION

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