Karl Marx

De CocoWikipedia
Aller à : navigation, rechercher

Résumé

Marx Karl (1818-1883), fondateur du communisme scientifique, du matérialisme dialectique et historique, de l'économie politique scientifique, a exercé une influence déterminante sur le prolétariat international. L'évolution de sa conception du monde eut pour point de départ la philosophie hégélienne, plus précisément son courant de gauche (Jeunes-hégéliens). Ce fut Marx qui, de tous les jeunes-hégéliens, défendit avec le plus de conséquence, en théorie comme en pratique, les positions démocratiques révolutionnaires. Dans son tout premier ouvrage - sa thèse de doctorat « Différence entre la philosophie de la nature de Démocrite et celle d'Epicure ») (1841) - Marx, bien qu'idéaliste encore, tire de la philosophie d' Hegel des conclusions tout à fait radicales et athéistiques. L'activité pratique de Marx et ses recherches théoriques le firent entrer en conflit avec la philosophie hégélienne dont il répudia les tendances conciliatrices, les conclusions politiques conservatrices et les développements théoriques trop éloignés des rapports sociaux réels et des tâches posées par leur transformation. La connaissance des rapports économiques réels et la philosophie de Feuerbach contribuèrent grandement à le faire passer sur les positions matérialistes.

Révolution dans sa conception du monde

La révolution dans sa conception du monde s'accomplit (1844) à la suite du changement de sa position de classe: de la démocratie révolutionnaire, Marx passa au communisme prolétarien. Ce passage fut préparé par la montée des luttes de classes en Europe, ainsi que par son étude de l'économie politique, du socialisme utopique et de l'histoire. La nouvelle position de Marx trouva son expression dans le premier et dernier numéro des « Annales franco-allemandes » (parus en 1844 et contenant une « Introduction à la critique de la philosophie du droit de Hegel ») et un essai « Sur la question juive »). Dans ces travaux, Marx met pour la première fois au jour le rôle historique du prolétariat; il en conclut à l'inévitabilité de la révolution sociale et à la nécessité de propager la conception scientifique du monde dans le mouvement ouvrier. A la même époque, Marx se lia d'amitié avec Engels; ensemble, ils commencèrent à élaborer de façon systématique la nouvelle conception du monde. Les Manuscrits de 1844 (Economie politique et philosophie), les Thèses sur Feuerbach (1845), Misère de la philophie (1847), ainsi que La Sainte Famille (1845) et L'Idéologie allemande (1845-1846) rédigées avec Engels, firent le point sur ses études scientifiques et posèrent les fondements de la nouvelle théorie. Le marxisme en tant que doctrine cohérente se constitua dans l'unité organique de ses composantes, qui sont le matérialisme dialectique et historique en philosophie, l'économie politique et le communisme scientifique. En 1847, Marx adhéra à une société clandestine de propagande: la Ligue des communistes. A la demande de son congrès, Marx et Engels rédigèrent le célèbre « Manifeste du Parti communiste » qui, résumant toutes les études théoriques précédentes, « expose avec une clarté et une vigueur remarquables la nouvelle conception du monde, le matérialisme conséquent étendu à la vie sociale, la dialectique, science la plus vaste et la plus profonde de l'évolution, la théorie de la lutte des classes et du rôle révolutionnnaire dévolu dans l'histoire mondiale au prolétariat, créateur d'une société nouvelle, la société communiste » [1]. La philosophie de Marx est la méthode la plus adéquate de connaissance et de transformation du monde. Le développement, aux XIXe, XXe et XXIe, de la pratique et de la science démontra de façon probante la supériorité de la philosophie marxiste sur toutes les formes d'idéalisme et de matérialisme métaphysique. La doctrine de Marx s'affermit dans la lutte contre les courants non scientifiques, antiprolétariens et petits-bourgeois, pour devenir une forme unique d'expression théorique des intérêts de la classe ouvrière. L'esprit de parti, l'intransigeance envers tout écart de la théorie scientifique, caractérisent les activités de Marx. Ce grand révolutionnaire de la science participa activement à la lutte pour l'émancipation du prolétariat. Au cours de la révolution de 1848-1849 en Allemagne, il se trouva aux premières lignes des combats politiques. Dans les colonnes de la « Nouvelle Gazette rhénane », fondée et dirigée par lui, Marx défendit résolument les positions prolétariennes dans la révolution. En 1849, expulsé d'Allemagne, Marx s'installe définitivement à Londres. Après qu'eut été dissoute en 1852 la Ligue des communistes, l'activité de Marx au sein du mouvement prolétarien fut liée à la création (en 1864) et aux travaux de la 1ère Internationale. Marx suivait attentivement l'évolution du mouvement révolutionnaire dans tous les pays; il fut, jusqu'au dernier jour de sa vie, au cœur des événements politiques de son temps. C'est là que Marx puisait le matériau nécessaire au développement de sa théorie. L'expérience des révolutions bourgeoises de 1848 et 1849 en Europe constitua l'assise sur laquelle Marx construisit la théorie de la révolution socialiste et de la lutte des classes, les thèses de la dictature du prolétariat, de la tactique du prolétariat dans la révolution bourgeoise, de la nécessité de l'alliance du prolétariat avec la paysannerie (« Les luttes de classes en France de 1848 à 1850 », 1850), du caractère inéluctable de l'anéantissement de la machine d'Etat bourgeoise (« Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte », 1852). Après avoir analysé en profondeur l'expérience de la Commune de Paris, les mesures appliquées par ce premier Etat prolétarien (La Guerre civile en France, 1871), Marx élabora la forme étatique de dictature du prolétariat. Son ouvrage Critique du programme de Gotha (1875) marqua un nouveau pas dans le développement de la théorie du communisme scientifique.

L'économie politique de Marx

L'économie politique fut au centre des intérêts scientifiques de Marx. Le livre premier du Capital, son œuvre maîtresse, parut en 1867, le 2e fut édité en 1885 par Engels, le 3e vit le jour, en 1894. La création d'une économie politique marxiste fut le meilleur moyen d'étayer le communisme par la science. Le Capital, ainsi que les vastes études préparatoires (surtout les manuscrits des années 1857-1859 et de 1861-1863) ont une immense portée philosophique. Dans ces ouvrages, Marx développa intégralement les principes et les aspects fondamentaux de la philosophie marxiste (méthode dialectique, principe d'unité reliant la dialectique, la logique et la théorie de la connaissance, etc.) et les appliqua brillamment à l'analyse du système des rapports économiques du capitalisme. Déjà dans la préface à l'un de ses premiers ouvrages économiques: « Contribution à la critique de l'économie politique » (1859), Marx exposa succinctement les principes de la conception matérialiste de l'histoire. Cette conception a trouvé son application scientifique dans Le Capital. La correspondance de Marx donna un précieux matériau pour l'étude de sa philosophie. Mieux que toute autre doctrine créée au cours de l'histoire de l'humanité, celle de Marx s'est vérifiée dans la pratique. Développée dans un contexte historique nouveau par Lénine, ses disciples et ses continuateurs, elle est devenue réalité au cours des révolutions socialistes victorieuses dans de nombreux pays et elle constitue actuellement le fondement scientifique de l'activité des partis communistes et ouvriers.

Biographie

Karl Heinrich Marx est né à Trèves (aujourd'hui en Rhénanie-Palatinat) en 1818 alors sous domination prussienne. Il est le second des huit enfants que compte la famille. Son père, Heinrich Marx (1782–1838), avocat issu d’une famille de rabbins et de marchands, s’est converti au protestantisme en 1816 ou 1817 pour pouvoir exercer sa profession. Sa mère s'appelle Henriette née Pressburg (1788–1863). Karl Marx est baptisé dans le luthéranisme en 1824.

Études

Il rentre au lycée Gymnasium Friedrich-Wilhelm de Trèves en 1830. Après avoir obtenu son Abitur (baccalauréat en Allemagne), Marx entre à l'université, d'abord à Bonn, en octobre 1835, pour y étudier le droit, puis à Berlin, à partir de mars 1836 où il se consacre davantage à l'histoire et à la philosophie. Il finit ses études en 1841 par la présentation d'une thèse de doctorat rédigée en grec ancien : Différence de la philosophie de la nature chez Démocrite et Épicure (Differenz der demokritischen und epikureischen Naturphilosophie). Marx est reçu docteur de la faculté de philosophie de l'université de Iéna le 15 avril 1841.

Engagement

À Berlin, il appartient au cercle des « Hégéliens de gauche », dénommés aussi « Jeunes hégéliens » (avec Bruno Bauer et d'autres) qui cherchent à tirer des conclusions athées et révolutionnaires de la philosophie de Georg Wilhelm Friedrich Hegel.

L'hégélien de gauche Ludwig Feuerbach s'était lancé dans une critique de la théologie à partir de 1836 et avait commencé à se tourner vers le matérialisme (par opposition à l'idéalisme hégélien). En 1841, cette orientation matérialiste prend le dessus dans sa philosophie (L'essence du Christianisme) et se combine avec la dialectique dite idéaliste de Hegel pour lui donner un caractère scientifique et historique saisissant le réel dans la logique de son évolution. Cette position se heurte à la politique du gouvernement prussien qui avait enlevé à Feuerbach sa chaire en 1832, puis lui avait interdit de revenir à l'université en 1836. Pour finir, les mêmes autorités interdisent à Bruno Bauer, autre grande figure de l'hégélianisme de gauche, d'enseigner à Bonn en 1841.

Marx, après avoir obtenu son diplôme universitaire, part pour Bonn avec l'espoir d'y devenir professeur. Mais face à cette politique du gouvernement, il abandonne l'idée d'une carrière universitaire.

Le journal d'opposition Rheinische Zeitung

Modèle:Marxisme Au début de 1842, certains bourgeois radicaux de Rhénanie, en contact avec les Hégéliens de gauche, créent à Cologne un journal d'opposition au gouvernement, la Rheinische Zeitung (Gazette Rhénane). Ils proposent à Marx et Bruno Bauer d'en devenir les principaux collaborateurs. En octobre 1842, Marx en devient le rédacteur en chef et s'installe à Cologne.

La tendance démocratique révolutionnaire du journal s'accentue sous la direction de Marx. Le gouvernement réagit en lui imposant une double, puis une triple censure. Puis, le 1er janvier 1843, il l'interdit. Marx avait été contraint de démissionner avant cette date, mais cela ne sauva pas le journal, qui suspendit sa publication en mars 1843.

L'un des principaux articles de Marx dans la Rheinische Zeitung est celui consacré aux conditions de vie des vignerons de la vallée de la Moselle. Ce reportage, ainsi que l'ensemble de ses activités journalistiques, lui fait prendre conscience de ses insuffisances en matière d'économie politique et le pousse à se lancer dans une étude en profondeur de celle-ci.

Mariage

En 1843 à Bad Kreuznach, Marx épouse une amie d'enfance, Jenny von Westphalen, avec laquelle il s'était fiancé étudiant. Sa femme est issue de la noblesse prussienne, son frère aîné deviendra ministre de l'Intérieur de Prusse au cours d'une des périodes les plus réactionnaires que connut ce pays, de 1850 à 1858. Il a eu plusieurs enfants mais seules trois filles parviendront à l'âge adulte (Jenny Caroline (1840-1883) épouse Longuet, Laura (1845-1911) et Jenny Julia Éléanor (1855-1898). Laura épousera Paul Lafargue, socialiste français qui laissa dans ses Souvenirs personnels sur Karl Marx une biographie intimiste du philosophe.

Annales franco-allemandes

À l'automne 1843, Marx s'installe à Paris afin de publier un journal radical à l'étranger avec Arnold Ruge (1802-1880). Un seul numéro des Annales franco-allemandes est édité. La publication s'interrompt du fait des grosses difficultés dans la distribution clandestine du journal en Allemagne et aussi par suite de désaccords entre Marx et Arnold Ruge. Les articles de Marx montrent que celui-ci se positionne déjà comme un révolutionnaire défendant une « critique impitoyable de tout l'existant » (même si « l'arme de la critique ne peut pas remplacer la critique des armes ») comptant sur les masses et le prolétariat pour changer l'ordre des choses, et non plus sur quelques dirigeants éclairés.

C'est à la même époque que Ludwig Feuerbach rédige ses Principes de la Philosophie de l'avenir. « Il faut avoir vécu par soi-même l'effet libérateur de ces livres », écrira plus tard Engels, qui ajoute : « Nous devînmes tout d'un coup tous des feuerbachiens. »

Rencontre avec Engels

En septembre 1844, Marx rencontre Friedrich Engels qui passe quelques jours à Paris ; c'est le début d'une profonde amitié. Engels avait dû à l'âge de 18 ans quitter le lycée pour devenir employé de commerce à Brême pour des raisons familiales. Étudiant par lui-même la philosophie, il était devenu partisan de Hegel tout en rejetant le soutien que celui-ci avait apporté à l'État prussien. En 1842, il avait quitté Brême pour prendre un poste dans une firme commerciale de Manchester dont son père était l'un des propriétaires. Là, il avait rencontré la misère prolétarienne dans toute son ampleur et en avait étudié systématiquement les conditions (La condition des classes laborieuses en Angleterre, 1845). Cette rencontre n'est donc pas le fruit du hasard.

Peu après celle-ci, Marx et Engels travaillent de concert à leur première œuvre commune : La sainte famille où ils s'attaquent à la philosophie critique de Bruno Bauer dont ils avaient été proches. Vient ensuite L'Idéologie Allemande (essentiellement rédigée par Marx) principalement axé autour d'une critique très virulente de Max Stirner intitulée 'Saint Max' et qui occupe près des deux tiers de l'ouvrage. Cet ouvrage défend une conception matérialiste de l'histoire qui dépassait la conception du matérialisme de Feuerbach. Par une critique sévère de Bruno Bauer et de Max Stirner, Marx et Engels marquent ainsi une rupture non seulement avec Feuerbach, mais aussi avec le socialisme utopique et l'idéalisme des jeunes hégéliens, et plus largement l'idéalisme de Hegel lui-même. Mais l’ouvrage ne trouve pas d’éditeur, et il ne sera publié que près d’un siècle plus tard. Dans les Thèses sur Feuerbach, court texte retrouvé dans le même manuscrit, Marx écrit (Thèse XI) : « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de diverses manières ; ce qui importe, c'est de le transformer ».

Au milieu des années 1840, Marx et Engels prennent une part active dans la vie alors bouillonnante des groupes révolutionnaires parisiens. Beaucoup d'entre eux étaient particulièrement influencés par les doctrines de Pierre-Joseph Proudhon exprimées principalement dans son ouvrage Philosophie de la misère. Marx en fait une critique très sévère dans Misère de la Philosophie. L'avant-propos montre le caractère polémique et ironique du style de Marx : « En France, il [Proudhon] a le droit d'être mauvais économiste, parce qu'il passe pour un bon philosophe allemand. En Allemagne, il a le droit d'être mauvais philosophe, parce qu'il passe pour être économiste des plus forts. Nous, en notre qualité d'Allemand et d'économiste, nous avons voulu protester contre cette double erreur. »

Sur la demande insistante du gouvernement prussien, Marx, considéré comme un dangereux révolutionnaire, est chassé de Paris en 1845. Il arrive alors à Bruxelles. La maison qu'il occupe au 50 de la rue Jean d'Ardenne à Ixelles entre janvier 1847 et février 1848 sert de point de rencontre à tous les opposants politiques. Marx participe à l'Association Démocratique de Bruxelles, dont il est élu vice-président.

Au printemps 1847, Marx et Engels rejoignent un groupe politique clandestin, la Ligue des Communistes. Ils y prennent une place prépondérante lors de son second congrès à Londres en novembre 1847. À cette occasion, on leur demande de rédiger le Manifeste de la Ligue, connu sous le nom de Manifeste du Parti communiste, qui paraît en février 1848.

Révolutions de 1848

À l'éclatement de la Révolution de février 1848, Marx quitte la Belgique pour revenir à Paris. Avec l'extension de la révolution à l'Allemagne, il part pour Cologne pour y devenir rédacteur en chef de la Neue Rheinische Zeitung (La Nouvelle Gazette Rhénane) publiée du 1er juin 1848 au 19 mai 1849.

Avec la victoire de la contre-révolution, Marx est poursuivi devant les tribunaux, notamment pour avoir publié dans la Gazette une proclamation du révolutionnaire en exil Friedrich Hecker. Il se défend devant les jurés en déclarant : « Le premier devoir de la presse est donc de miner toutes les bases du système politique actuel ». Il est acquitté le 9 février 1849, mais le gouvernement l'expulse le 16 mai de la même année, bien qu'il soit citoyen prussien.

Il retourne alors à Paris dont il est de nouveau chassé après la manifestation du 13 juin 1849. Il part ensuite pour Londres où il résidera le restant de ses jours.

La vie de Marx en exil est extraordinairement difficile comme en témoigne sa correspondance. Malgré l'aide financière d’Engels, lui et sa famille doivent faire face à une extrême misère : « Ma femme est malade, la petite Jenny est malade, Léni a une sorte de fièvre nerveuse. Je ne peux et je ne pouvais appeler le médecin, faute d'argent pour les médicaments. Depuis huit jours, je nourris la famille avec du pain et des pommes de terre, mais je me demande si je pourrais encore me les procurer aujourd'hui » (à Engels, 4 septembre 1852). L'un de ses enfants, Edgar, mourra d'ailleurs de faim.

Il écrit alors une série de sept articles, rassemblés sous le titre Le 18 brumaire de Louis Bonaparte, décrivant les débuts de la deuxième République française et son évolution vers le coup d'état du 2 décembre 1851 aboutissant au Second Empire. Jusqu’à la fin de l'année 1862, alors qu'il vient d'entamer la rédaction du Capital, la situation reste critique [2] malgré l'aide d'Engels, lui-même en difficulté financière en raison de la crise américaine, et de son oncle Lion Philips qui lui consent une avance sur héritage. En 1864 sa situation financière s'améliore grâce à l'héritage de sa mère, qui avait toujours refusé de lui verser la part qui lui revenait de celui de son père et ne lui aura fait grâce que de quelques dettes anciennes, mais le train de vie de la famille Marx reste d'un niveau modeste.

New York Tribune

Il consacre toutes les années 1850 à rédiger des centaines d'articles « alimentaires » pour des journaux comme le New York Tribune tout en se livrant à des recherches approfondies en économie, histoire, politique, etc. Dans le même temps, il reste en correspondance avec les révolutionnaires du continent et rédige des brochures politiques en lien avec l'actualité. Il passe aux yeux des gouvernants prussiens comme le chef d'une organisation de conspirateurs, alors que la Ligue des Communistes n'existe plus depuis son auto-dissolution en 1852. Il est en fait isolé. Sa situation économiquement précaire ralentit son travail.

Retour aux écrits politiques

Ce n'est qu'en 1859 qu'il achève et publie la Contribution à la critique de l'économie politique. Y sont présents tous les éléments essentiels, en particulier la loi de la valeur, du Le Capital. Marx écrit à cette époque : « Je ne pense pas qu'on ait jamais écrit sur l'argent tout en en manquant à ce point ».

En 1859, il sort de son isolement politique pour prendre la direction du journal germanophone Das Volk en lien avec les regroupements qui s'opèrent dans le mouvement ouvrier allemand et qui vont déboucher sur la constitution par Ferdinand Lassalle du premier véritable parti ouvrier allemand (ancêtre du SPD).

En 1867 Marx publie enfin, après plus de 20 ans de travail, la première partie de son ouvrage Le Capital. Il continue son travail pour achever les deux tomes suivants mais, malade et manquant de temps, il ne laissera que des brouillons inachevés.

L'Internationale des Travailleurs

En 1864, il rédige l’Adresse Inaugurale de l'Association Internationale des Travailleurs, qui se fonde alors. Cette adresse inaugurale devient l'âme de cette Première Internationale. Tout l'effort de Marx dans la rédaction de cette inauguration tend à unifier le mouvement ouvrier qui connaît toutes sortes de formes de regroupements se réclamant du socialisme sur des bases diverses et contradictoires (Mazzini en Italie, Proudhon en France, Michel Bakounine en Suisse, syndicalisme britannique libéral britannique, droite lassalienne en Allemagne, etc.).

La Commune de Paris est écrasée en 1871. Marx rédige un texte qui est adopté par l’Internationale : La Guerre civile en France. Karl Marx tire la conclusion que le prolétariat ne peut pas se contenter de s'emparer de la machine d'État pour la faire fonctionner à son profit : il devra la détruire de fond en comble. Marx salue la nouvelle démocratie apparue avec la Commune : le principe de l'éligibilité et la révocabilité des responsables à tous les niveaux de la société (exécutif, législatif, judiciaire). Ce texte fait grand bruit, et le nom de l’auteur est alors révélé : Karl Marx acquiert pour la première fois une certaine renommée, y compris au sein du mouvement ouvrier.

Des divergences importantes apparaissent au sein de l'Internationale. En 1872, les bakouniniens sont exclus, de par la constitution d’une fraction secrète mais aussi à cause de la dégradation des rapports entre Marx et Bakounine. S’y ajoutant la quasi-disparition du mouvement ouvrier en France du fait de la répression de la Commune, l'AIT cesse pratiquement d'exister en Europe (une partie importante des militants de l’Internationale ont préféré suivre les principes fédéralistes prônés notamment par Bakounine). Le Conseil général de l’AIT de Londres est transféré à New-York (les anarchistes y sont beaucoup moins présents qu'en Europe) et une internationale ouvrière fédéraliste réunissant des exclus se constitue la même année.

Fin de sa vie

La santé de Marx est minée par son travail politique inlassable d'organisation de l'Internationale et la rédaction encore plus épuisante de son œuvre. Il laisse pour l’essentiel à Engels le soin de suivre les développements du SPD, même si en 1875 Marx écrit une critique très sévère du programme de Gotha du SPD. Karl Marx se consacre ensuite essentiellement à l'achèvement du Capital, pour lequel il collecte une masse considérable de nouveaux matériaux et, en plus des langues qu'il maîtrisait déjà (français, anglais, italien et allemand), apprend le russe. Toutefois, sa santé déclinante l'empêche d'achever les deux derniers volumes du Capital. Engels se chargera par la suite de rassembler et mettre en forme ses notes afin de publier des matériaux partiels.

Jenny, sa femme qui l'avait fidèlement soutenu, décède le 2 décembre 1881. Après un séjour en Algérie, Marx s'éteint paisiblement dans son fauteuil le 14 mars 1883. Il est enterré près de sa femme dans le cimetière de Highgate à Londres, Angleterre. Les deux époux avaient rompu avec leur milieu social et restèrent fidèles, dans l'adversité comme dans la misère, à un idéal d'émancipation humaine[3][4][5].

« Imagine l'homme humain et son rapport au monde comme un rapport humain, et tu ne pourras échanger l'amour que contre l'amour, la confiance que contre la confiance, etc. Si tu veux jouir de l'art, tu devras avoir une culture artistique ; si tu veux avoir un ascendant sur autrui, tu devras être capable d'agir pour le bien des autres et exercer une influence stimulante. Chacun de tes rapports avec l'homme — et avec la nature — devra être une manifestation déterminée, conforme à l'objet de ta volonté, à ta vraie vie individuelle. Si tu aimes sans susciter l'amour réciproque, si ton amour ne provoque pas la réciprocité, si vivant et aimant tu ne te fais pas aimer, alors ton amour est impuissant, et c'est un grand malheur. » (Économie et Philosophie, L'argent)

Liste non-exhaustive des œuvres et textes

Le Capital, de Karl Marx, couverture de l'édition originale

De façon assez étonnante, il n'existe aucune édition exhaustive des écrits de Karl Marx. L'édition la plus complète en allemand est la « MEGA » (Marx-Engels-Gesamtausgabe), initiée par David Riazanov. L'édition la plus complète en français est constituée des quatre tomes publiés dans la Bibliothèque de la Pléiade par Maximilien Rubel.

Voir aussi

Articles connexes

Monument à Marx et Engels à Shanghai

Bibliographie

Liens externes

Notes et références

  1. (Lénine: Œuvres, t. 21, p. 42)
  2. Artichaut de Bruxelles n° 46 , Yves le Manach, Bruxelles, Avril 1999, Le 18 juin 1862, Marx écrit à Engels : « Il m'est extrêmement pénible de t'entretenir une fois de plus de ma misère, mais que faire ? Ma femme me dit chaque jour qu'elle préférerait se trouver dans la tombe avec les enfants, et ma foi, je ne puis lui en vouloir, car les humiliations, tourments et terreurs qu'il nous faut supporter dans cette situation sont vraiment indescriptibles ».
  3. Critique des droits de l'homme, La Question Juive, Karl Marx (1843)«...Toute émancipation signifie réduction du monde humain, des rapports sociaux à l'homme lui-même. L'émancipation politique est la réduction de l'homme, d'une part au membre de la société civile, à l'individu égoïste et indépendant, d'autre part au Citoyen, à la personne morale. C'est seulement lorsque l'homme individuel, réel, aura recouvré en lui-même le citoyen abstrait et qu'il sera devenu, lui, homme individuel, un être générique dans sa vie empirique, dans son travail individuel, dans ses rapports individuels, lorsque l'homme aura reconnu et organisé ses forces propres comme forces sociales et ne retranchera donc plus de lui la force sociale sous l'aspect de la force politique ; c'est alors seulement que l'émancipation humaine sera accomplie »
  4. Kant, Marx et la morale, Actuel Marx en Ligne n°27 (2004)
  5. émancipation science et politique chez Karl Marx, Ernest Mandel