Matérialisme

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Matérialisme, courant scientifique en philosophie, opposé à l' idéalisme. On distingue le matérialisme en tant que conviction spontanée des hommes de l'existence objective du monde extérieur, et le matérialisme en tant que conception philosophique du monde, qui approfondit scientifiquement et développe le point de vue du matérialisme spontané. Le matérialisme philosophique affirme la primauté du matériel et le caractère secondaire du spirituel, de l'idéel, ce qui signifie que le monde existe éternellement, qu'il est incréé, infini dans le temps et dans l'espace. Considérant la conscience comme le produit de la matière, le matérialisme y voit le reflet du monde extérieur, affirmant ainsi la cognoscibilité de la nature. Tout au long de l'histoire de la philosophie, la conception matérialiste du monde a été généralement celle des classes et des couches sociales progressistes, dont l'intérêt est de comprendre correctement le monde, d'accroître le pouvoir de l'homme sur la nature. En faisant le point sur les réalisations de la science, le matérialisme a favorisé l'accumulation du savoir scientifique, le perfectionnement des méthodes scientifiques, ce qui, à son tour, a contribué aux succès de la pratique humaine, au développement des forces productives. C'est dans l'interaction entre le matérialisme et les sciences spéciales que l'aspect et les formes du matérialisme lui-même se sont modifiés.


Les premières doctrines du matérialisme

Les premières doctrines du matérialisme sont apparues en même temps que la philosophie, quelques siècles avant notre ère, dans les sociétés esclavagistes de l'Inde, de la Chine et de la Grèce; ce fut le résultat des progrès accomplis par l'astronomie, les mathématiques et d'autres sciences. Le matérialisme ancien, encore naïf (Laozi, Yang Zhu , Wang Chung, école du Lokayata, Héraclite, Anaxagore, Empédocle, Démocrite, Epicure, etc.) reconnaît la matérialité du monde, son existence indépendante de la conscience des hommes. Ses représentants essayèrent de trouver, dans la richesse infinie des formes de la nature, le principe premier de tout ce qui existe, de tout ce qui se réalise (Elément). Le matérialisme ancien a le grand mérite d ' avoir avancé l'hypothèse de la structure atomistique de la matière (Leucippe, Démocrite). Beaucoup de matérialistes anciens furent des dialecticiens spontanés. Mais, en général, ils ne faisaient pas encore nettement la distinction entre le physique et le psychique, en attribuant les propriétés de ce dernier à l'ensemble de la nature (Hylozoïsme]]). Dans le matérialisme antique, les "éléments matérialistes et dialectiques s'alliaient encore à une idéologie mythologique. Au Moyen Age, les tendances matérialistes se manifestèrent dans le nominalisme]], dans les doctrines affirmant l'éternité de la nature et de Dieu, et dans les hérésies panthéistes du haut Moyen Age. A l'époque de la Renaissance, le matérialisme (Telesio, Bruno et autres) revêtit souvent la forme du panthéisme et de l'hylozoïsme, envisagea la nature comme un tout unique et fut, sur beaucoup de points, semblable au matérialisme antique. En Europe, l'étape suivante du développement du matérialisme fut franchie aux XVIIe-XVIIIe. (Bacon]], Galilée]], Hobbes]], Gassendi]], Spinoza]], Locke]]). L'apparition de cette forme du matérialisme est liée aux débuts du capitalisme et aux progrès subséquents de la production, de la technique et de la science. Les adeptes du matérialisme.- qui était l'idéologie de la bourgeoisie, classe progressiste à l'époque - combattirent la scolastique moyenâgeuse et les autorités de l'Eglise, voulurent apprendre tout par l'expérience, se tournèrent vers la nature en tant qu'objet de la philosophie. Le matérialisme du XVIIe et du XVIIIe se rattache aux progrès impétueux de la mécanique et des mathématiques, ce qui lui confère un caractère mécaniste. La tendance à analyser, à dissocier la nature en domaines et objets d'étude plus ou moins isolés, et à les étudier indépendamment de leur évolution, est particulière à la philosophie matérialiste de cette époque. Parmi ses représentants, les matérialistes français du XVIIF siècle (La Mettrie, Diderot, Helvétius et Holbach ) occupent une place à part. Tout en se ralliant, dans la plupart des cas, à la conception mécaniste du mouvement, ils considérèrent celui-ci comme une propriété universelle et imprescriptible de la nature. Le matérialisme de Diderot comporte de nombre éléments de la dialectique. Le lien organique qui unit toutes les forme du matérialisme à l'athéisme est particulièrement manifeste chez les matérialistes du XVIIIe siècle. En Occident l’évolution de cette forme de philosophie matérialiste atteignit son apogée dans le matérialisme «anthropologique» de Feuerbach. Toutefois, sa philosophie est plus que toute autre, maruée par l'esprit contemplatif, propre en général au matérialisme d'avant Marx. En Russie et dans d'autres pays d'Europe de l’Est, l'évolution du matérialisme franchit un nouveau pas au XIXe siècle, dans la philosophie des démocrates révolutionnaires- Biélinski, Herzen , Tchernychevski, Dobrolioubov,Marvovic, Botev et autres - qui continuèrent les traditions de penseurs Lomonossov, Radichtchev. Sur de nombreux points, leur philosophie recula l'horizon étroit de l'anthropologisme let de la méthode métaphysique.

Le matérialisme dialectique

Le matérialisme dialectique, créé au milieu du XlXe siècle par Marx et Engels fut la forme la plus avancée et la plus conséquente du matérialisme. Non seulement il corrigea les insuffisances, déjà mentionnées, de l'ancien matérialisme, mais il dépassa la conception idéaliste de la société commune à tous ses représentants. Au cours de l'histoire ultérieure du matérialisme deux lignes foncièrement distinctes se sont dégagées avec netteté: l'une c’est le développement du matérialisme dialectique et historique, l'autre, l'apparition de multiples variétés d'un matérialisme vulgaire et simpliste. Parmi ces dernières, la plus typique fut une sorte de matérialisme vulgaire, proche du positivisme variantes du matérialisme, apparues à charnière des XIXe et XXe, qui dénaturent le matérialisme dialectique, s’inspirèrent, elles aussi, du positivisme ; Dans la seconde moitié du XIXe, le matérialisme venu à maturité s'est avéré incompatible avec les intérêts de classe, étriqués de la bourgeoisie. Les philosophes bourgeois le taxent d'amoralisme, l'identifiant à un matérialisme simpliste. Certains idéalistes (Carnap , Bachelard, Sartre ) prétendent représenter le matérialisme « vrai » et « le plus moderne ». Estompant, dans bien des cas, l'opposition du matérialisme et de l'idéalisme, les philosophes bourgeois ont recours non seulement au positivisme et au néo-réalisme mais à des constructions aussi amorphes et ambiguës que l'est l'actuel naturalisme américain. On constate chez les chercheurs progressistes contemporains une évolution du matérialisme naturaliste vers le matérialisme conscient et, finalement, le matérialisme dialectique (Langevin, Joliot-Curie et d'autres). Le développement du matérialisme dialectique se caractérise notamment par un enrichissement constant d'idées nouvelles. L'étape actuelle de la science exige que de nombreux chercheurs naturalistes deviennent des partisans du matérialisme dialectique. Par ailleurs, l'évolution de la pratique socio-historique et celle de la science exigent que la philosophie du matérialisme elle-même se développe et se concrétise perpétuellement. C'est ce qu'elle fait dans une lutte incessante contre toutes les nouvelles variantes de l'idéalisme.